
Jiang Nan naît à Quanzhou, ville de grande histoire aux traditions vivaces, peut-être même, on le dit souvent, versée dans la superstition. Nous sommes dans le Fujian, le midi de la Chine, ce pays de "montagnes et d'eau" que l'on appelle... "Jiang Nan", et, sur le littoral, à quelques bordées de là, se laissent deviner la silhouette des premières îles de l'archipel taïwanais.
Enfant de la balle, elle grandit au son des répétitions de la troupe d'opéra locale où ses parents dansent et le théâtre municipal est son terrain de jeu ordinaire. Dans le quartier, les voisins prennent vite en grippe ce petit démon coiffé de deux couettes qui, du matin au soir, arpente les escaliers en martelant un tambour, chantant à tue-tête les arias qu'elle connaît aussi bien que les acteurs. Il fallait au plus vite encadrer cette vocation. On lui donne à apprendre un instrument. Ce sera la cithare guzheng. Après s'être dégrossi les doigts pendant quelques années sous la conduite de professeurs à domicile, elle intègre ces classes de collège à horaires aménagés destinées aux futurs musiciens et danseurs professionnels. Ensuite, ce sera le Conservatoire de Shanghai, prestigieux et terrible, puis, enfin, la section de musicologie de l'Université de Xiamen.
Diplômée et devenue professeur à l'Institut des arts scéniques de Xiamen, elle se produit sur scène régulièrement en Chine et à Taiwan, seule ou au sein d'un petit ensemble, et remporte quelques médailles lors de concours d'interprétation. Elle affrontera même, en position de soliste, la masse sonore d'un orchestre philharmonique dans un concerto pour guzheng écrit par He Zhanhao. Ce jour-la, le compositeur en personne, célèbre auteur de cette pièce dont chacun en Chine sait siffloter les premières mesures, était au pupitre de chef et tenait la baguette...
Aujourd’hui, Jiang Nan s’est enracinée en France où elle donne de nombreux concerts (Bijou, Pause musicale, Festival « Chambre avec vues », Festival des « Musiques de l’âme »…). Elle participe à l'enregistrement de la bande son du spectacle donné au pavillon des nouvelles pratiques urbaines de l'exposition universelle de Shanghai de 2010 et, à côté de son répertoire de soliste, multiplie les rencontres musicales « singulières » - Lakdhar Hanou, Maria Simoglou, Eugénie Ursch, Marie Sigal, Ümit Ceyhan…-, rencontres où le maqâm oriental, la chanson française, les musiques grecques, turques ou des Balkans s’achoppent à son art, rencontres d'où jaillissent des musique inédites, inouïes.
Actuellement, Jiang Nan prépare avec Wang Xinxin, l’extraordinaire interprète taiwanaise de la musique nanguan, et l’orchestre baroque Les Passions, sous la direction de Jean-Marc Andrieu, le spectacle « Mirage des Sons du Sud » dont la création sera donnée au Théâtre du Capitole lors de la prochaine édition du Festival Made in Asia.
Jiang Nan en musique n'aime ni les salamalecs ni les circonlocutions : le souffle est droit, le trait est pur... Tout son art, traversé par une force expressive saisissante, est tendu vers l'émotion... Elle nous ensorcelle sûrement, nous transporte loin, par le sac et le ressac de cette énergie stupéfiante qu'elle sait contenir ou laisser éclater ...